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Le tracée de la N10 dans Paris n'a vraiment émergé que lors la création de la grande liaison avec Versailles. Auparavant, ce ne devait qu'un chemin longeant la Seine, évoluant au gré des fluctuations des rives du fleuve et des aménagements dus à la croissance urbaine de Paris. L'établissement des enceintes et des fossés au cours des siècles amena même à la coupure de ce tracé.

Au long de la route - le paris ancienModifier

Au pied du grand ChâteletModifier

Quartier du Châtelet v2

Quartier du châtelet en 1750, d'après Hoffbauer

La future N10 nait donc en bordure de Seine. Elle se détache de la N1 une fois passée le Pont-au-Change, au pied du Grand Châtelet. Espace aujourd'hui dégagé, on a peine à imaginer l'habitat resserré d'avant la Révolution. Coincé entre les murailles médiévales de la forteresse et les maisons du pont, peu de lumière devait éclairer ce début de route. Ces maisons seront abattues en 1786, tandis le Châtelet tombera en 1802. Jusque à ce moment, c’est la sombre Rue Trop-Va-Qui-Dure qui marquait le début de la N10. L'Espagne, but de notre route, semble bien lointaine.

Le quai de la Mégisserie Modifier

Le tracé atteignait alors le Quai de la Mégisserie . Contrairement à d'autres endroits en bordure de Seine, cet espace fut très tôt - dès Charles V - dégagé et aménagé pour faciliter les échanges commerciaux en bordure de Seine. Il porta d'ailleurs le nom de quai de la Saunerie car c'était le lieu de commerce et d'approvisionnements des grenier à sel voisins. Une denrée importante au temps de la gabelle.

Le quai fut le témoin par la suite de l’extension de Paris vers l'Ouest et de l'aménagement progressive du Palais du Louvre. En descendant la Seine, nous retrouvons donc :

  • Le théâtre du Châtelet : construit entre 1860 et 1862 dans le cadre des grands travaux d'Haussmann.
  • L'arrière de la prison de For-L'évêque. Longtemps prison ecclésiastique, il fallut un coup de force de Louis XIV pour qu'elle retourne au sein de la justice Royale. Elle démontre ainsi tout l'imbroglio juridique régnant en France, quand les pouvoirs temporels et spirituels s'opposaient sur des questions de primautés de justice. Le bâtiment fut désaffecté en 1780 et démoli peu après.
Quais-ecole-megisserie

Le quai de la Mégisserie en 1865, vu vers l'est.

Analyse par le site Vergue : [1]

Vue actuelle : [2]

A la jonction avec le Pont-Neuf, se situait la place-des-3-Maries. L'urbanisme a été bouleversé pour l'établissement et les agrandissements des grands magasins de la Samaritaine, qui ont fini par occuper des pâtés de maison entiers.

Le quai du Louvre Modifier

Passé le croisement avec le Pont-Neuf, commence le Quai du Louvre, auparavant, le Quai de l’école. Ici, l’odonymie est trompeuse, car il n'est pas question d'école (scola) mais d’un point d’accostage (scala). Cela signale que très tôt également, les quais étaient aménagés.

Quaidulouvre
Le début du quai du Louvre (partie gauche) en 1885.

Vue actuelle : [3]

Vient ensuite le quai Bourbon, en mémoire de l'Hôtel du Petit-Bourbon, qui était bâti en bordure de quai. Grande résidence princière, il était réputé posséder la plus grande salle de Paris et servit par exemple à réunir les États-Généraux de 1614. La construction sous Louis XIV du Louvre moderne lui fut cependant fatal.

Plan of medieval Louvre

Plan du Louvre ancien avec en surimpression le Louvre moderne.

C'est enfin l'arrivée devant le palais du Louvre. Bien évidemment, il ne reste aucune trace externe du palais médiéval qui fut élevé par Philippe-Auguste. Il marquait à l'époque les limites ouest de paris, et était situé en avant des murailles que le même roi avait fait érigé pour protéger Paris. Ces remparts venaient buter contre la Seine par une gros tour : la tour du Coin, approximativement au niveau de l'actuel Pont des Arts. Rien ne dit alors si un chemin s'intercalait entre cette tour et la Seine où si une poterne était ouverte. De toute façon, il n'y avait au-delà aucun aménagement au bord du fleuve. Cette tour semble avoir été détruite vers 1530.

En raison de l’extension urbaine, une nouvelle enceinte (de Charles V) fut construite de 1356 à 1383 plus à l'ouest et englobant cette fois-ci le château du Louvre dans Paris. Sa fonction défensive s'estompa au profit d’une résidence royale. Cette fois-ci, la route était bien coupé par le fossé de la nouvelle enceinte. Une nouvelle grosse tour : la tour du Bois marquait désormais les limites parisienne en bord de Seine, elle se situait à hauteur de l'actuel Pont du Carrousel. Un rempart fut également édifié pour constituer un retour de cette tour vers la tour du Coin le long du fleuve. De ce fait, coincé entre l'eau et les murailles, la future N10 avait peu d'utilité et de passage.

Porte neuve 1609

La Porte Neuve (plan Vassalieu - 1609). A remarquer la galerie du Louvre et le château des Tuileries

Ce sont les premiers aménagements de François Ier qui vont redonner vie à cette endroit. Dans la foulée de la volonté de moderniser le Louvre, Ce sont d'abord les quais qui seront aménagés à partir de 1530 vers les futures Tuileries, redonnant une vie marchande au quartier. C'est aussi la Porte-neuve qui est percée (1537) en bas de la tour de Bois, renouant les échanges vers l'ouest parisien en soulageant le trafic passant par la porte St-Honoré. La porte a du disparaître en même temps que la tour du Bois, vers 1670.

Ici, l'environnement est marqué par le grand dessein d'Henri IV, qui voulait relier le Louvre aux Tuileries. Dès 1607, fut mis en chantier la Grande-Galerie, qui longeait donc notre future N10 et la Seine. Avec le Pavillon de Flore, qui donnait également vers la Seine, ces éléments seront largement remaniés sous Napoléon III.

Le quai des Tuileries Modifier

Jardin et Palais des Tuileries 1585

Jardin des Tuileries en 1585

L'urbanisation parisienne toujours progressant, une nouvelle enceinte bastionnée sera construite à partir de 1564, toujours plus vers l'ouest. C'est dans l'intervalle avec les vieilles murailles de Charles V que sera construit le palais des Tuileries et ses jardins, dès 1566. La future N10 fut bien sur prise dans l’extension, et eut droit immédiatement à sa porte pour franchir cette nouvelle enceinte : la porte de la Conférence. La route resta par contre longtemps à l'état de chemin. Ce n'est qu'à la destruction de la porte en 1731 que sera crée une vrai voirie, et c'est Napoléon qui fera élever le quai.

Avant d’accéder à la Concorde, la route longe le musée de l'Orangerie, bâti en 1852.

Au long de la route - le paris moderne Modifier

Place de la Concorde Modifier

Conférence 1672

Porte de la Conférence (Plan Gomboust - 1652)

La place sera établie à partir de 1755, sur les restes du bastion qui bordait le jardin des Tuileries. La future N10 passait au sud de ce grand aménagement, mais bien sur, rien ne rappelle un quelconque tracé ancien. La porte de la Conférence se situait au coin sud-est de cette place.

Le cours-la-Reine Modifier

Ici encore, les aménagements ont effacé toute trace du chemin médiéval. Le cours a commencé a être tracé en 1618. Il fut planté à partir de 1724 et les abords marécageux furent peu à peu aménagées pour créer les jardins des Champs-Élysées. Acquis par Paris en 1824, on y trouve tout proche les Grand et Petit-Palais, construits pour l'expo universelle de 1900. Auparavant se trouvait un palais de l'Industrie construit en 1855, typique de l'architecture industrielle de l'époque.

Une partie du cours fut rebaptisé Cours Albert Ier. Le quartier fut loti à partir de la fin du XVIIIe siècle avec de nombreux hôtels particuliers. On note la présence également de nombreuses statues le long du cours. Ce grand cours se terminait sur la place d'Alma, aménagé à partir de 1855. Sur cette place, se trouve la flamme de la liberté, offert par les américains en 1989.

Avenue de New York Modifier

C'est l'ancien quai des Bonshommes puis quai Debilly. Ses premiers aménagements datent de l’ouverture de la porte de la Conférence.

En descendant la Seine progressivement, nous retrouvons :

  • Vers le n° 4 : L’emplacement des pompes à feu de Chaillot, destinées à pomper l'eau de la Seine et vers les réservoirs de Passy. Elles fonctionnèrent de 1781 jusqu'en 1900.
  • Du 12 au 20 : Le Palais de Tokyo. Construit lors de l'exposition internationale de 1937, il sert aujourd’hui de musée. A son emplacement s'élevait autrefois la manufacture de la Savonnerie. Ce fut une des premières manufactures royales de France (1631).
  • Au croisement avec la rue de la Manutention : c'est ici que le grand égout de Paris se jetait dans la Seine.
  • Les jardins du Trocadéro. Aujourd'hui dominé par le Palais de Chaillot, un vaste projet napoléonien : le Palais du Roi de Rome aurait du y prendre place. Auparavant, se trouvait le couvent des visitandines, désaffecté et détruit lors de la révolution (1794).
  • Au croisement avec l'actuel rue Beethoven : c'est ici que s'élevait la barrière des Bons Hommes ou barrière de Passy, limite de l'enceinte des Fermiers Généraux. Tout fut détruit lors de l'extension parisienne de 1860.

Le mur d’enceinte passait en contre-bas du couvent des Minimes, laissant en dehors des limites d'octrois le dit-couvent. Les religieux chassés (1790), les bâtiments servirent à l'industrie, dont la première raffinerie de sucre de betterave (1812)

Le quai de Passy (Avenue Kennedy) Modifier

Barriere de passy

La barrière de Passy, vue de la Seine

Administrativement parlant, le village de Passy commençait après la barrière. Le village s'est développé en hauteur des coteaux de Seine, tandis que notre route restait en contrebas. Depuis 1964, la quai s'appelle avenue du Président-Kennedy. Des parcs imposants bordaient la voie, avant que nombreux lotissements soient construits pendant les années 20. Citons le parc de Passy, qui abrita les sources ferrugineuses de Passy. Par la Suite, des logements provisoires abritèrent longtemps les services du ministère de l'équipement.

A la suite, les jardins de l’hôtel de Lamballe descendait également jusqu'à la Seine, ils furent lotis vers 1925.

La route quitte alors doucement les bords de Seine pour grimper les coteaux d'Auteuil. L'actuelle ligne du RERC passe au dessus de la route. Cet ancien raccordement de Boulainvillers fut ouvert en 1900 pour l'Exposition universelle. Enfin, se dresse la maison de la radio, construite de 1952 à 63. Le Geoportail montre bien l’évolution du quartier : ICI.

L'Avenue de Versailles Modifier

Le début de l'avenue correspond également aux anciennes limites du village d'Auteuil. La route file droit désormais vers le pont de Sèvres, en restant dans les anciennes limites communales de cet ancien village

  • N° 77 : Musée de l'eau de Paris. C'est l'emplacement d'anciennes pompes à feu, qui alimentaient en eau Passy et Auteuil.
  • Du 90 au 116. Derrière les immeubles, ce situe le Parc Ste-Périne. Avec l'hôpital voisin, ce parc est le reste d'un vaste domaine qui servait de résidence de campagne et de repos aux moines de l'abbaye Sainte-Geneviève. Le domaine fut morcelé à la révolution et l’hôpital de Paris est présent depuis 1858.
  • Du 152 au 154 ; croisement avec le Boulevard Exelmans. La ligne d'Auteuil (rattachée à la petite Ceinture) y passait alors en viaduc avec la gare du Point-du-Jour en arrêt. Cette ligne fut construite en 1867 pour être fermée au trafic voyageurs en 1934. La construction même fut rasée en 1960, en même temps que le viaduc, pour faciliter la circulation routière et la mise en place d'une trémie.

A ce niveau se détachent plusieurs rues qui à divers moments, furent la route principale vers Sèvres. Tout d'abord, la route vers Billancourt passait par le chemin du Point-du-Jour : c'est l'actuelle et tranquille rue Claude-Terrasse dans Paris. Ce chemin garda une certaine importance car il eut droit à sa porte dans l’enceinte de Thiers : La Porte-du-Point-du-Jour. La création du boulevard périphérique vers 1970 amènera sa coupure.

Ensuite vient la rue Le Marois (voir ICI). Insignifiante en apparence, cette rue est en fait l'ancien tracé de la Grande route vers Versailles sous Louis XIV, qui file en ligne droite pour rejoindre l'ancien pont de Sèvres. Rien ne rappelle également, au niveau de la tranquille Place Léon-Deubel, que l'ancienne grande route vers Saint-Cloud partait d'ici. Ce chemin sera coupée lors de l'établissement de l'enceinte de Thiers, puisque deux portes proches assuraient la sortie de Paris : la Porte du Point-du-Jour et la Porte de Saint-Cloud.

Une troisième voie sera mise en service vers 1810, pour rejoindre le pont de Sèvres de Napoléon : c'est l'actuelle Avenue de Versailles. On notera que le quartier fut un des premiers libérés de l'emprise de l'enceinte (les HBM sont en constructions dès 1924), mais le tracé de la vieille route vers Billancourt ne sera jamais rétabli.

Les portes de Paris Modifier

La Porte du Point-du-Jour Modifier

Étonnement, il existe peu de vue de cette porte. Son activité était bien moindre que sa voisine de St-Cloud. Elle possédait malgré tout ses grilles et son bureau d'octroi. Ce dernier est bien visible sur les photos ci-dessus.

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Vue de la porte (1910), vers Billancourt. Les grilles et guérites d'octroi sont bien visibles.

Vue actuelle : [4]

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Vue de la porte (1910), vers Paris.

Vue actuelle : [5]

La porte de Saint-Cloud Modifier

Depuis 1860, l'endroit marque la sortie de Paris vers Versailles et le franchissement de l'enceinte de Thiers. En raison du trafic attendu, le passage avait été prévu assez large.

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Vue de la porte, vers Boulogne. Les grilles et guérites d'octroi sont bien visibles

Vue de la porte (1910), vers Boulogne. Les grilles et guérites d'octroi sont bien visibles.

Vue actuelle : [6]

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Porte St Cloud, vue vers la rue Michel-Ange. A noter le panneau d'entrée de Paris, signifiant le passage obligé des marchandises.

Vue actuelle : [7]

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Autre vue de la Porte St Cloud, vue vers la rue Michel-Ange. C'est la voie de sortie de Paris qui est visible. Au fond le Boulevard Murat.

Vue actuelle : [8]

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Porte St Cloud côté ville. Ce passage était réservé aux sortants de Paris.

Vue actuelle : [9]

A partir de 1921, les fortifications seront rasés. La porte sera réaménagée en une vaste place, entourée d'immeubles HBM et de jardins publics. Elle fut également la seule à recevoir un aménagement monumentale, sous la forme de deux fontaines, symbolisant les eaux de la Seine.

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Les fontaines en eaux (1939) - vue vers Boulogne.

Depuis, le périph' passe en souterrain entre la place et les premiers immeubles et les jets d'eaux ont été arrêtés car ils dégradaient le monument.

L'aventure des tramways Modifier

C'est sur le tracé parisien de la N10 qu'à débuté l'aventure des tramways.

Après la réussite de la mise en place d'un premier vrai tramway à New York (en 1853, grâce à l'emploi du rail à gorge qui, en s'encastrant dans la chaussée, ne dépasse pas de la route et est sans danger pour les autres usagers), un ingénieur français, Alphonse Loubat voulut introduire e nouveau mode de traction dans la Capitale.

Un première voie d'essai fut construite entre la Concorde et la barrière de Passy. Des essais eurent lieux du 21 novembre 1853 jusqu'au début de l'année 1854. Bien que concluants, l'administration refusa cependant que des rails furent posés au delà de la Concorde. Pire, l'expo universelle de 1855 empêcha la pose des rails définitifs, et Loubat ne put ouvrir sa ligne qu'en septembre 1855, du rond-point de Boulogne à la place de l'Alma. Une configuration peu propice aux bénéfices.

La CGO racheta rapidement la concession, et prolongea la ligne jusqu'à la Concorde le 1er novembre 1856. En 1857, s'ouvrit le tramway de Sèvres à Versailles (TSV), construit en accotement de la N10. La CGO avait déjà œuvré pour relier son tramway à cette nouvelle ligne, et le 10 novembre 1857, il était possible de voyager de Concorde à Versailles.

La réseau de tramway ira en s’agrandissant à partir de 1875, mais la CGO conserva seul l'emprise de la N10, d'autant qu'elle racheta le TSV en 1880.

Avant guerre, on voyait donc circuler :

  • Le AB : Musée du Louvre-Versailles ou Pont de St Cloud. Sur toutes la longueur du trajet décrit ci-dessus.
  • Le J : Châtelet–Château de la Muette. Du Châtelet jusqu'à la Place de l'Alma.
  • Le M : Gare de Lyon-Avenue Victor Hugo. Du Pont Solférino à la Place de l’Alma.

Après guerre et la reprise par la STCRP, circulaient :

  • Le 1 (ex AB) : Musée du Louvre-Versailles, fermé le 13 août 1934.
  • Le 2 (ex AB) : Musée du Louvre-Pont de St Cloud, fermé le 13 août 1934.
  • Le 12 (ex J) : Châtelet–Gare d’Auteuil. Toujours sur un parcours du Châtelet jusqu'à la Place de l'Alma. Fermé le 29 décembre 1930.
  • Le 18 : Pont de Saint Cloud-Saint Sulpice. Ouverte le 18 juin 1922 et seulement sur l'Avenue de Versailles et en tronc commun avec le 2. Fermé le 2 septembre 1935, date où les tramways sont définitivement chassés du parcours parisien de la N10.
  • Le 19 (ex M) : Gare de Lyon-Avenue Victor Hugo. Du Pont Solférino à la Place de l’Alma. Fermé le 27 mai 1935, date où les tramways sont définitivement chassés des quai rive droite de Seine, à l'ouest de la ville.

Pour aller plus loin Modifier

Histoire des tramways parisiens : [10]